print

Paris-art.com

November, 2003
(French Only)
Siobhan Liddell. Ce Que le Vent Souffle Sous le Feu
 
Par Mathilde Villeneuve
 
Avec peu de matériaux, de couleurs et de moyens, en jouant des ombres et des lumières, Siobhan Liddell insuffle de la vie à ses œuvres. Les toiles, les installations et les dessins de papier prennent sous ses doigts agiles des formes toujours sensibles et émouvantes, à la lisière de l’imperceptible: une ligne lumineuse de quelques centimètres, une fente découpée au cutter de quelques millimètres, une fleur fragile composée de trois papiers pliés. 

Des morceaux de feuilles découpés en petits triangles ou rectangles sont colorés et fixés sur les toiles blanches, ou à même le mur de la galerie. En forme de pics, ces « Drawings in Space » esquissent des paysages de montagnes, là circulaires et denses, ici plus éclatés et linéaires. Ils prennent également des formes naturelles: un rond solaire inachevé s’étire sur le mur du fond, une rivière déborde de la toile et épouse les interstices et recoins de la pièce. 

Siobhan Liddell utilise un procédé très simple mais formellement très efficace: elle peint le dos de ces éléments de papier, qui, une fois collés, diffusent par réflexion une lumière douce, légèrement bleutée, rosée, ou orangée. Cet éclairage dispensé sur des fonds à la blancheur pure crée une atmosphère apaisante chargée d’énergie spirituelle. 

L’artiste puise sa force et son inspiration des longues marches et méditations qu’elle a effectuées en Inde ou au Népal. La croissance des êtres et le déploiement de la nature sont ses thèmes de prédilection pour ses sculptures en forme de « nids », suspendues au plafond: Sun et Moon. Ces modules de papier aux allures de cristaux, teintés de nuances jaune-orangée ou bleue, ressemblent pourtant moins à des lieux de refuges qu’à des fusions d’éléments naturels. À la fois terre, eau et feu, ils hésitent entre légèreté et gravité, solidité et fragilité, comme un écho au titre de l’exposition « Ce Que le Vent Souffle Sous le Feu ». 

Majestueuses ou minuscules, les œuvres habitent harmonieusement l’espace. Ainsi deux petits triangles collés au mur font face à une installation qui traverse toute la galerie: des lignes dessinées sur le mur sont prolongées dans l’espace de fils de cuivre tendus à deux poteaux. Les fils brillants, qui se déploient dans l’espace comme les cordes d’un instrument de musique, captent les nuances lumineuses et, selon la position du spectateur, apparaissent et disparaissent. Dans un second faisceau, à l’apparence bleue moins électrique, des lignes de lumière et de sons vibratoires s’étirent encore entre les murs. Ces ondes, telles des lignes de communication, recomposent l’espace, et tracent des passages vers un univers onirique, à fleur de peau et de regard.